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mardi mars 26, 2019
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Portrait à titre posthume

Richard Adjaho, un ambassadeur du Bénin en France hors pair

 

« Il est jusque là, le meilleur ambassadeur du Bénin en France que notre pays ait connu » nous a confié le plasticien béninois de renommée internationale Julien Sinzogan. Et le peintre-poète qui a résidé en France pendant près de 37 ans de renchérir que ce technocrate bon teint a marqué de façon positive, son passage diplomatique en France à travers son humilité, son sens de l’écoute, son sens aigu de responsabilité, sa disponibilité permanente et son amour débordant pour ses compatriotes.

Ce n’est d’ailleurs pas le chef de l’Etat Patrice Talon, compagnon fidèle de Julien Sinzogan en France qui le démentirait. Ancien ministre de l’intérieur Richard Adjaho a malheureusement quitté ce monde le vendredi 18 décembre 2009 au Cnhu de Cotonou à l’âge de 60 ans. Une nouvelle qui a semé torpeur, tristesse et pleurs dans le cœur de ses proches ainsi qu’au sein du  monde politique. Tel un coup de massue, la nouvelle de sa mort a sonné tous ceux qui le connaissaient. Evidemment, nul ne le savait malade.

Mais qui était cet homme?


Né en 1949, Richard Adjaho est nanti d’un diplôme de 3ème cycle de sciences économiques de Paris-Sorbonnes et du diplôme de second cycle de l’Institut International d’administration publique (Iiap). Court de taille avec sa moustache habituelle bien taillée, il fut auditeur à la Cour des comptes de Paris. Avec un parcours professionnel et politique qui force l’admiration cet inspecteur général des finances a occupé très tôt des postes de responsabilité dans l’administration  publique. De 1978 à 1984, il a été directeur des études et de la planification au ministère des finances et directeur général au ministère du commerce et du tourisme de 1984 à 1990. Très affable, Richard Adjaho a été aussi administrateur de la Banque ouest africaine de développement (Boad) et de la Société des ciments d’Onigbolo de 1978 à 1984, président du Conseil d’administration de la Banque béninoise de développement (Bbd) de 1982 à 1984 ; président du Conseil d’administration de la Société nationale de commercialisation des produis pétroliers (Sonacop) de 1984 à 1990. Très pragmatique, l’homme a été à l’avènement du renouveau démocratique, ministre du commerce pendant la transition avant d’avoir en charge le portefeuille de l’intérieur de 1991 à 1993. Ensuite, il occupera le prestigieux poste d’ambassadeur du Bénin près la France pendant deux ans. Deux ans de carrière diplomatique bien remplie en France oû comme à ses habitudes, il a émerveillé ses compatriotes à travers ses actes et son comportement envers les siens. « Je me rappelle bien comme si c’était hier qu’un jour, des policiers français étaient aux trousses d’un compatriote sans papier. Ce dernier a fini par trouver refuge à l’Ambassade du Bénin en France, avenue Victor Hugo à Paris. L’ambassadeur Adjaho qui était ce jour là présent a de façon catégorique notifié aux policiers qu’ils ne peuvent en aucun cas violé les franchises de la représentation diplomatique étant donné que le fugitif se retrouve sur le territoire béninois.De guerre lasse, ils ont rebroussé chemin. C’est alors que l’ambassadeur a essayé de moraliser le compatriote. Après quoi, il a tout fait pour que sa situation soit régularisée au grand bonheur des compatriotes béninois vivant en France » nous a conté le plasticien béninois Julien Sinzogan qui l’a longtemps côtoyé. Pour l’ancien directeur départemental de la culture de l’Ouémé-Plateau Dah Ahonnonvi Glèlè, la mort précoce de Richard Adjaho a été une grande perte pour le Bénin car, il a marqué d’une tâche indélébile l’ambassade du Bénin en France, malgré une courte durée passée au sein de cette représentation diplomatique. « Adjaho fut certes un ambassadeur taciturne, mais un homme hors du commun qui a beaucoup apporté aux relations franco-béninoise » a reconnu madame Brun Marie-Thérèse, une compatriote vivant en France depuis 30 ans. Celui qui est considéré comme le père de la Décentralisation au Bénin, était annoncé au sein de la Renaissance du Bénin (Rb) parti au sein duquel il militait, pour occuper le poste du maire de la ville de Cotonou lors de la première mandature. Mais malheureusement, il n’occupera que le poste de deuxième adjoint. En froid avec la Rb, il se portera candidat à l’élection présidentielle de mars 2006. Mais, les fruits n’auront pas tenu la promesse des fleurs. Depuis l’avènement du régime du Dr Boni Yayi, son expertise a été constamment sollicitée. Ainsi, l’a-t-on vu présider plusieurs commissions dont celles sur le nouveau découpage territorial. Les propositions que lui et ses collègues ont faites dans ce cadre ne sont même pas encore mises en application avant qu’il ne tire sa révérence. Avec la disparition de Richard Adjaho, c’est également le Conseil d’administration de l’Institut africain de décentralisation (Idec) qui perd son président. C’est aussi le chargé de Cours à l’Eneam et à l’Enam qui s’en est allé. Quand on parle de Richard Adjaho, c’est également l’encre d’une plume au service du développement qui a coulé. L’homme a eu le soin de publier des ouvrages afin d’éclairer, de lancer des réflexions ou de suggérer la voie à suivre pour le développement de la Nation. Au nombre de ces ouvrages, on peut citer La faillite du contrôle des finances publiques au Bénin, paru en 1990 ; la décentralisation au Bénin, en Afrique et ailleurs dans le monde, paru en 2002 ;
La question de la tutelle de l’Etat sur les collectivités locales publié en 2004. Bonne gouvernance au Bénin et Décentralisation (La question de la tutelle de l’Etat sur les collectivités locales) complètent la liste. Au regard de cet élogieux parcours, on peut donc imaginer la grandeur de la perte. Chapeau le technocrate !

Bachirou Assouma

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