Dossier
lundi mai 29, 2017
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Il s’est fendu d’un essai pour faire promouvoir le port du chapeau traditionnel. Selon les directions dans lesquelles ce complément vestimentaire encore appelé gↄbi est orienté, un message est transmis.

L’auteur du livre Le couvre-chef à Porto-Novo, Charles Dossou LIGAN, en donne les sens et significations.
« Le langage que symbolise le port du chapeau ou le code de communication qu’il représente et tout l’univers qui va avec, dans une société d’oralité comme la nôtre, sont peu ou mal connus », déplore le journaliste formateur Issiaka SOULE, dans la préface du livre. Natif de Porto-Novo, il nourrit, tout de même, un brin d’espoir : « A la lecture de cet ouvrage, vous ne pouvez plus enfiler le chapeau traditionnel comme un objet ordinaire, arbitraire ou de plaisanterie, mais comme un complémentaire vestimentaire qui appuie votre besoin de communiquer ». Mais en réalité, peut-on se vanter d’être bien habillé à Porto-Novo sans le gↄbi ? Pourquoi faire revivre l’épopée du chapeau et, ce faisant, susciter le goût du beau chez la jeune génération ?
 
« Selon qu’il est orienté à gauche ou vers la droite, qu’il est relevé et positionné tout droit sur la tête ou pointé horizontalement par rapport aux yeux, vers la droite ou vers la gauche, le chapeau traduit un message que seul l’initié ou le connaisseur sait décoder »
Pour l’auteur Charles Dossou LIGAN, un sentiment de légitime fierté l’a motivé à faire paraitre Le couvre-chef à Porto-Novo :« nous sommes aussi porteur du chapeau gↄbi ». Au-delà, il soutient avec force avoir le « souci de la restauration et de la préservation du patrimoine culturel du Bénin ». Le chapeau traditionnel, écrit-il, sert à valoriser la tenue et à soigner l’élégance du porteur en même temps qu’il peut le distinguer du point de vue de la hiérarchie sociale. « Selon qu’il est orienté à gauche ou vers la droite, qu’il est relevé et positionné tout droit sur la tête ou pointé horizontalement par rapport aux yeux, vers la droite ou vers la gauche, le chapeau traduit un message que seul l’initié ou le connaisseur sait décoder », éclaire Charles Dossou LIGAN.
 
Sens et signification du gↄbi

Le couvre-chef à Porto-Novo est un livre illustré de 64 pages. Sa première de couverture est une photo du roi Toffa, coiffé d’un chapeau rabattu à gauche. A la page 29, l’auteur commence à préciser le sens de chaque position du chapeau. Dans cette partie illustrée, l’auteur a identifié six principales positions: la position haute, la position rabattue à gauche, la position à droite, la position arrondie autour de la tête, la position pointée vers l’avant et la position rabattue vers l’arrière.
Selon l’auteur, la position haute est le symbole de la puissance ou du pouvoir, l’expression de l’autorité, la célébrité. « C’est un moyen d’affirmation de soi, de signalement de sa présence ou un mode de distinction pour attirer l’attention sur soi. Quand on est en groupe et qu’on souhaite se faire remarquer, il est parfois très utile d’adopter cette position », explique Charles Dossou LIGAN.
Rabattue à gauche, cette position signifie la noblesse. Elle est l’expression de fierté d’être de chez soi. « Le porteur exige respect ou privilège », insiste l’auteur. Il ajoute : « Le cœur humain se situe à gauche et le cœur est bien entendu le siège des sentiments. Il est donc normal que le cœur s’exprime aussi à travers le gↄbi lorsqu’il est orienté vers la gauche ».
Le chapeau rebattu à droite exprime, selon l’auteur, la beauté, la classe, la tendance actuelle. C’est une position courante adoptée à l’occasion des réjouissances et qui traduit la joie de vivre. Cependant, les interprétations sémantiques varient selon qu’on appartient à la communauté gun ou yoruba. « Lorsqu’il est rabattu à gauche, le Yoruba estime qu’il traduit la tristesse ou le malheur tandis que pour le Gunnu, c’est l’expression de la fierté ou de la noblesse », fait observer l’écrivain.

La position du chapeau aplati ou replié autour de la tête annonce l’humilié, le respect ou la déférence du porteur.  « Dans des milieux spécifiques ou dans des circonstances particulières, l’humilité est fortement recommandée puisqu’on ne peut défier quiconque. Mieux, on ne veut transmettre à travers la position  de ce chapeau rabattu sur la tête qu’un seul message : je suis votre enfant, acceptez-moi, etc. »
En revanche, la marque de l’évolution et du progrès se matérialise par la position pointée vers l’avant. Cette position exprime la volonté d’aller de l’avant, l’assurance et l’avancement. Un symbole de défi. « Celui que vous croisez dans la rue avec un chapeau pointé vers devant parallèlement aux yeux, va soit à une rencontre où un différend l’oppose  à d’autres, soit à une table de négociation. »
Mais le porteur du chapeau qui veut se passer des commentaires de ses détracteurs, adopte la position rabattue vers l’arrière ou sur la nuque. Le message est sans équivoque : « le chien aboie, la caravane passe », « oublie les détracteurs », « laissez-les », « je ne m’en occupe pas », « occupez-vous de vos histoires et laissez-moi en paix », « je suis prêt à tout ». C’est une position prisée en période de conflit. L’auteur explique l’attitude du porteur: « Tout ce qui se dit sur lui est en effet derrière lui et il ne s’y intéresse pas. C’est aussi une déviance car selon le porteur, les détracteurs ne peuvent pas oser lui parler en face. Il les renvoie au dos. »
Au-delà des positions fondamentales, le livre fait savoir qu’il existe d’autres positions dérivées qui traduisent des messages. C’est un livre qui permet  à tout lecteur de s’exercer tout seul à savoir porter le chapeau, non plus en profane mais en véritable connaisseur.
 
Profil de Charles LIGAN

L’auteur du livre Le couvre-chef à Porto-Novo, M. Charles Dossou LIGAN, est sociolinguiste de formation. C’est à juste titre qu’il s’intéresse aux questions de terminologie et de traduction. De par ses recherches universitaires et sa pratique journalistique à l’Office de Radiodiffusion et de Télévision du Bénin (ORTB), il est le spécialiste de la langue gungbe parlée à Porto-Novo et régions. Diplômé de la Chaire UNESCO des droits de la Personne et de la Démocratie, il est titulaire d’un Diplôme d’Etude Supérieure Spécialisée (DESS) en Gouvernance et Démocratie, d’un Diplôme d’Etude Approfondie (DEA) en Sociolinguistique et d’un Master en Communication et Marketing.
Sur son tableau de chasse, plusieurs distinctions. Il a été lauréat du concours de meilleur écrivain en gungbe. En sus, il a été sacré meilleur journaliste d’investigation (Prix Transparency International Bénin, 2006), trois fois lauréat de prix UNICEF (2004, 2006 et 2007 ) et trois fois lauréat de prix du meilleur Ecojournaliste dans la catégorie radio. C’est, sans doute, fort de ce palmarès que le spécialiste de la production radiophonique a été identifié pour enseigner l’écriture radiophonique et la réalisation à l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) de l’Université d’Abomey-Calavi où il encadre, depuis 2011, les étudiants en année de licence en journalisme.

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